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Solde de tout compte au divorce amiable : bien propre ou commun ? (2026)

Un époux reçoit un solde de tout compte en plein milieu d'une procédure de divorce amiable. À qui appartient cette somme ? Tout dépend d'une seule chose : la date à laquelle le contrat de travail a été rompu. Cette règle, souvent méconnue, peut faire varier le partage de plusieurs milliers d'euros.

En bref :

  • Le solde de tout compte inclut des sommes de nature différente : indemnités légales, congés payés, préavis — chacune suit un régime juridique distinct selon la date de rupture du contrat.
  • La date clé est celle de la dissolution de la communauté, fixée par l'article 262-1 du Code civil à la date de l'ordonnance de non-conciliation (procédure judiciaire) ou, en divorce amiable, à la date de la convention enregistrée par le notaire.
  • Selon l'article 1401 du Code civil, les revenus et acquêts perçus pendant la communauté sont communs ; les indemnités réparant un préjudice personnel (licenciement abusif, harcèlement) sont des biens propres selon l'article 1404.
  • Méthode concrète : décomposez le bulletin de solde poste par poste, datez chaque droit acquis, puis inscrivez le résultat dans la convention de divorce avec une clause de répartition précise.

Qu'est-ce que le solde de tout compte dans le contexte d'un divorce amiable ?

Le solde de tout compte (STC) est le document remis par l'employeur lors de la fin d'un contrat de travail. Il récapitule toutes les sommes dues au salarié : salaire du dernier mois, indemnité compensatrice de congés payés, indemnité de préavis, indemnité légale ou conventionnelle de licenciement, prime de fin de contrat pour les CDD, etc.

Dans le cadre d'un divorce amiable, ce document prend une dimension juridique supplémentaire. Chaque ligne du STC peut relever d'un régime matrimonial différent. Certaines sommes tombent dans la communauté — et doivent donc être partagées. D'autres constituent un bien propre — et restent acquises à l'époux qui les perçoit.

La qualification dépend de deux critères cumulatifs : la nature de la somme (rémunération différée, réparation d'un préjudice, contrepartie d'un travail) et la date à laquelle le droit correspondant est né. C'est ce double test qui détermine le sort de chaque poste dans la convention de divorce.

La date de dissolution de la communauté : le pivot de toute la qualification

En divorce amiable (divorce par consentement mutuel sans juge), la communauté est dissoute à la date à laquelle la convention de divorce est enregistrée par le notaire. C'est l'article 262-1 du Code civil qui le précise. Avant cet enregistrement, la communauté continue de fonctionner : tout ce qui entre dans le patrimoine d'un époux est en principe commun.

Cette date est différente de la date de signature de la convention par les époux et leurs avocats. Le délai entre signature et dépôt notarial est généralement de 7 jours ouvrables minimum (délai de réflexion légal de 15 jours calendaires entre envoi du projet et signature, puis dépôt dans les 7 jours). En pratique, la dissolution intervient donc souvent 3 à 6 semaines après le début effectif de la procédure.

Pourquoi est-ce important ? Parce qu'un STC versé la veille de l'enregistrement notarial est commun. Le même STC versé le lendemain est propre. L'écart peut représenter plusieurs dizaines de milliers d'euros dans les cas de licenciement avec longue ancienneté.

Question : Quelle est la date exacte de dissolution de la communauté en divorce amiable ?

Réponse : En divorce par consentement mutuel sans juge, la communauté est dissoute à la date d'enregistrement de la convention par le notaire, conformément à l'article 262-1 du Code civil. Ce n'est ni la date de signature de la convention, ni la date de l'accord verbal entre époux.

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Rupture du contrat avant la procédure de divorce : quel régime s'applique ?

Lorsque la rupture du contrat de travail intervient avant le début de la procédure de divorce, la situation est en apparence simple. Mais elle exige tout de même une analyse poste par poste.

Les sommes versées avant la dissolution de la communauté

Si la rupture et le versement du STC ont tous deux eu lieu avant l'enregistrement notarial, les sommes perçues sont en principe communes. Elles ont alimenté le patrimoine commun pendant la communauté. Elles doivent donc être prises en compte dans l'actif à partager.

Attention : si ces sommes ont déjà été dépensées (remboursement de crédit, charges courantes), elles ont été consommées par la communauté. Il n'y a rien à partager. En revanche, si elles ont été épargnées sur un compte ou un livret, elles constituent un actif commun à inscrire dans la convention.

L'indemnité légale de licenciement : un cas particulier

L'indemnité légale de licenciement (calculée selon l'article L1234-9 du Code du travail) est une rémunération différée. Elle compense les années de travail effectuées pendant la communauté. À ce titre, elle est commune à hauteur de la fraction correspondant aux années accomplies sous le régime de la communauté.

Si l'époux avait 10 ans d'ancienneté au moment du licenciement, dont 8 ans de mariage sous communauté, alors 80 % de l'indemnité légale est commune. Les 20 % restants (antérieurs au mariage) sont propres. Cette règle de proratisation est issue de la jurisprudence de la Cour de cassation (Civ. 1re, 31 mars 1992).

Rupture du contrat pendant la procédure : la zone grise la plus complexe

C'est le scénario le plus fréquent et le plus délicat. Le contrat de travail est rompu après le début des discussions de divorce mais avant l'enregistrement notarial de la convention. La communauté est encore en cours. Toutes les sommes reçues pendant cette période sont en principe communes.

Cela crée une situation paradoxale : l'époux qui perd son emploi pendant la procédure voit son indemnité de licenciement tomber dans la communauté, alors qu'il en aura seul à supporter les conséquences financières après le divorce. C'est pourquoi la convention de divorce doit anticiper ce cas de figure avec des clauses spécifiques.

Question : Le solde de tout compte perçu pendant la procédure de divorce amiable est-il commun ou propre ?

Réponse : Il est en principe commun, car la communauté n'est dissoute qu'à la date d'enregistrement notarial de la convention. Les sommes perçues avant cette date alimentent le patrimoine commun. Seules les indemnités réparant un préjudice strictement personnel (harcèlement, discrimination) peuvent être qualifiées de biens propres selon l'article 1404 du Code civil.

Les indemnités à caractère indemnitaire : l'exception propre

L'article 1404 du Code civil dispose que les biens qui ont un caractère personnel ou qui sont des accessoires de la personne constituent des propres. La jurisprudence a étendu ce principe aux indemnités réparant un préjudice personnel : dommages corporels, souffrances morales, préjudice d'agrément.

Dans le cadre d'un STC, cela peut concerner l'indemnité pour licenciement sans cause réelle et sérieuse (si elle répare un préjudice moral), l'indemnité pour harcèlement moral ou sexuel, ou encore l'indemnité pour discrimination. Ces sommes restent propres à l'époux qui les perçoit, même si elles sont versées pendant la communauté.

Rupture du contrat après l'enregistrement notarial : tout est propre

Si la rupture du contrat de travail intervient après l'enregistrement de la convention par le notaire, la communauté est déjà dissoute. Toutes les sommes versées dans le STC sont des biens propres de l'époux concerné. La convention de divorce n'a pas à en tenir compte, sauf si les parties ont prévu une clause contraire.

Ce cas est le plus simple à gérer. Il n'y a aucune qualification à opérer, aucun calcul de proratisation. L'époux conserve l'intégralité des sommes perçues. L'autre époux n'a aucun droit sur ces montants.

Attention cependant à la prestation compensatoire. Si le licenciement intervient juste après le divorce et modifie significativement la situation financière de l'un des époux, cela peut justifier une révision de la prestation compensatoire en capital (article 279 du Code civil). Ce risque doit être anticipé dans la convention.

Question : Peut-on intégrer dans la convention un solde de tout compte non encore versé à la date de signature ?

Réponse : Oui. La convention peut prévoir une clause de répartition des sommes à venir, notamment si la rupture du contrat est engagée mais que le STC n'a pas encore été versé. Il faut alors préciser la méthode de calcul et la date de référence retenue pour la qualification.

Méthode concrète : décomposer le STC poste par poste

Voici la démarche à suivre pour qualifier chaque poste du solde de tout compte et l'intégrer correctement dans la convention de divorce amiable.

  1. Récupérer le bulletin de solde détaillé : Chaque ligne doit être identifiée (salaire, congés, préavis, indemnité légale, indemnité conventionnelle, dommages-intérêts, etc.).
  2. Dater le fait générateur : Pour chaque poste, identifier la date à laquelle le droit est né (date de rupture, date d'acquisition des congés, date du jugement prud'homal, etc.).
  3. Comparer avec la date de dissolution de la communauté : Si le droit est né avant l'enregistrement notarial → commun (sauf exception 1404). Si né après → propre.
  4. Appliquer le prorata pour les droits mixtes : Pour l'indemnité légale de licenciement, calculer la fraction correspondant aux années de mariage sous communauté.
  5. Inscrire le résultat dans la convention : Mentionner explicitement chaque somme, sa qualification et son affectation (masse commune ou bien propre de l'époux X).
Poste du STC Nature juridique Régime si rupture avant dissolution Régime si rupture après dissolution
Salaire du dernier mois Rémunération du travail Commun (art. 1401 C. civ.) Propre
Indemnité compensatrice de congés payés Rémunération différée Commun (droits acquis pendant la communauté) Propre
Indemnité de préavis Rémunération substitutive Commun si préavis couvre la période commune Propre
Indemnité légale de licenciement Rémunération différée (prorata) Commun à hauteur des années sous communauté Propre
Indemnité conventionnelle de licenciement Rémunération différée (prorata) Commun à hauteur des années sous communauté Propre
Indemnité pour licenciement sans cause réelle Réparation préjudice professionnel Commun (préjudice économique) / Propre (préjudice moral) Propre
Indemnité pour harcèlement / discrimination Réparation préjudice personnel Propre (art. 1404 C. civ.) Propre
Prime de fin de CDD (10 %) Complément de rémunération Commun si contrat exécuté pendant la communauté Propre

Intégrer le solde de tout compte dans la convention de divorce amiable

La convention de divorce par consentement mutuel doit être exhaustive. Omettre un actif commun — même une indemnité de licenciement — peut exposer les époux à une action en complément de partage après le divorce. Cette action est possible dans les 5 ans suivant la dissolution (article 2224 du Code civil pour la prescription de droit commun).

Les clauses à prévoir

Plusieurs types de clauses permettent de sécuriser la situation :

  • Clause de qualification : Préciser explicitement que telle somme est qualifiée de bien commun ou de bien propre, avec la justification juridique (date de rupture, nature de l'indemnité).
  • Clause de répartition : Indiquer comment la somme commune est partagée (par moitié, ou avec une attribution à l'un des époux en compensation d'autre chose).
  • Clause de sommes à venir : Si le STC n'est pas encore versé à la date de signature, prévoir la méthode de calcul et l'affectation des sommes futures selon leur qualification.
  • Clause de déclaration : Chaque époux déclare avoir informé l'autre de l'ensemble des sommes perçues ou à percevoir au titre de la rupture de son contrat de travail.

Ces clauses doivent être rédigées avec précision par les avocats des deux époux. Un oubli ou une rédaction ambiguë peut générer un litige post-divorce coûteux. N'hésitez pas à demander un devis gratuit pour évaluer la complexité de votre situation.

Question : Faut-il mentionner le solde de tout compte dans la convention si la somme a déjà été dépensée ?

Réponse : Oui, il est recommandé de le mentionner avec une clause précisant que la somme a été consommée par la communauté et ne génère plus d'actif à partager. Cela évite toute contestation ultérieure sur l'exhaustivité de la convention.

Cas pratique chiffré : calcul de la part commune et de la part propre

Prenons un exemple concret. Marie et Thomas divorcent par consentement mutuel. Thomas est licencié le 1er mars 2026. L'enregistrement notarial de la convention intervient le 15 avril 2026. Thomas perçoit son STC le 31 mars 2026, soit avant la dissolution de la communauté.

Le STC de Thomas comprend :

  • Salaire de mars 2026 (prorata) : 2 800 € → Commun
  • Indemnité compensatrice de congés payés (15 jours) : 1 400 € → Commun
  • Indemnité de préavis (2 mois) : 5 600 € → Commun (préavis couvrant mars-avril, soit avant dissolution)
  • Indemnité légale de licenciement : 18 000 € pour 12 ans d'ancienneté, dont 9 ans de mariage → Commun à hauteur de 75 % = 13 500 € ; propre à hauteur de 25 % = 4 500 €
  • Indemnité pour licenciement sans cause réelle (accordée par le conseil de prud'hommes) : 8 000 € → Commun (préjudice économique)

Total commun : 2 800 + 1 400 + 5 600 + 13 500 + 8 000 = 31 300 €
Total propre de Thomas : 4 500 €

Dans la convention, 31 300 € sont inscrits à l'actif commun et partagés entre les époux (soit 15 650 € chacun). Les 4 500 € restent propres à Thomas et ne sont pas partagés.

Foire aux questions

Le solde de tout compte est-il toujours un bien commun en divorce amiable ?

Non. Le STC n'est pas automatiquement commun. Sa qualification dépend de la date de rupture du contrat par rapport à la date de dissolution de la communauté (enregistrement notarial), et de la nature de chaque poste. Les indemnités réparant un préjudice strictement personnel (harcèlement, discrimination) sont des biens propres même si versées pendant la communauté, selon l'article 1404 du Code civil.

Comment prouver qu'une indemnité répare un préjudice personnel pour la qualifier de bien propre ?

La preuve résulte généralement de la décision prud'homale ou de l'accord transactionnel qui précise la nature de l'indemnité. Si le document mentionne explicitement un préjudice moral, un harcèlement ou une discrimination, la qualification en bien propre est solide. En l'absence de précision, le juge tend à qualifier l'indemnité de commune (préjudice économique). Il est donc essentiel de conserver tous les documents justificatifs.

Que se passe-t-il si le STC n'est pas mentionné dans la convention de divorce ?

Si un actif commun est omis dans la convention, l'autre époux peut exercer une action en complément de partage dans un délai de 5 ans. Le tribunal peut alors ordonner le partage de la somme omise. Cela génère des frais supplémentaires (avocat, procédure) et remet en cause l'équilibre de la convention initiale. Il est donc impératif de lister tous les actifs, y compris les sommes déjà perçues et dépensées.

L'indemnité de rupture conventionnelle est-elle soumise aux mêmes règles que le licenciement ?

Oui. L'indemnité spécifique de rupture conventionnelle (article L1237-19 du Code du travail) est une rémunération différée. Elle suit les mêmes règles de qualification que l'indemnité légale de licenciement : commune à hauteur des années de mariage sous communauté, propre pour la fraction antérieure au mariage. La date de signature de la convention de rupture (et non la date d'homologation) est généralement retenue comme fait générateur.

Peut-on modifier la qualification juridique du STC par accord entre époux dans la convention ?

Partiellement. Les époux peuvent librement décider d'attribuer un bien commun à l'un d'eux (attribution préférentielle) ou de renoncer à leur part sur certains actifs. En revanche, ils ne peuvent pas requalifier un bien propre en bien commun sans conséquences fiscales et juridiques complexes. Tout aménagement doit être rédigé avec précision par les avocats pour éviter une requalification par l'administration fiscale ou un juge ultérieur.

Le solde de tout compte doit-il être déclaré au notaire lors du divorce amiable ?

Oui. Le notaire qui enregistre la convention doit disposer d'une vision complète du patrimoine des époux. Si une somme commune significative est dissimulée, cela peut constituer un dol (tromperie) et entraîner la nullité partielle ou totale de la convention. Les époux ont une obligation de transparence mutuelle, rappelée par l'article 229-3 du Code civil qui impose que la convention règle l'ensemble des effets du divorce.

Questions fréquentes

Non. La qualification dépend de la date de rupture du contrat par rapport à la dissolution de la communauté (enregistrement notarial) et de la nature de chaque poste. Les indemnités réparant un préjudice personnel (harcèlement, discrimination) sont des biens propres selon l'article 1404 du Code civil, même versées pendant la communauté.
La preuve résulte de la décision prud'homale ou de l'accord transactionnel mentionnant explicitement un préjudice moral, un harcèlement ou une discrimination. Sans précision documentaire, le juge tend à qualifier l'indemnité de commune. Conservez tous les documents justificatifs.
L'autre époux peut exercer une action en complément de partage dans un délai de 5 ans. Le tribunal peut ordonner le partage de la somme omise, générant des frais supplémentaires et remettant en cause l'équilibre de la convention initiale.
Oui. L'indemnité spécifique de rupture conventionnelle (article L1237-19 du Code du travail) est commune à hauteur des années de mariage sous communauté et propre pour la fraction antérieure au mariage. La date de signature de la convention de rupture est généralement retenue comme fait générateur.
En divorce amiable sans juge, la communauté est dissoute à la date d'enregistrement de la convention par le notaire, conformément à l'article 262-1 du Code civil. Ce n'est ni la date de signature de la convention, ni la date de l'accord verbal entre époux.
Oui. La convention peut inclure une clause de répartition des sommes à venir, précisant la méthode de calcul et la date de référence retenue pour la qualification. Cette clause est recommandée lorsque la rupture du contrat est engagée mais que le STC n'a pas encore été versé à la date de signature.
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