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Divorce et SCPI : comment partager vos parts ?

Divorce et SCPI : comment partager vos parts ?

SCPI et divorce : comprendre ce que vous possédez vraiment

Une SCPI (Société Civile de Placement Immobilier) est un véhicule d'investissement collectif qui permet à des particuliers de détenir des parts dans un parc immobilier géré par une société de gestion agréée par l'AMF. Concrètement, vous n'êtes pas propriétaire d'un bien immobilier précis, mais d'une fraction du patrimoine global de la SCPI. En contrepartie, vous percevez des revenus locatifs proportionnels à votre nombre de parts, généralement versés trimestriellement.

En France, le marché des SCPI représente plus de 90 milliards d'euros de capitalisation (données 2023), avec un rendement moyen oscillant entre 4 % et 6 % par an selon les années. Ces placements sont très prisés des couples en phase de constitution patrimoniale, ce qui explique pourquoi leur partage lors d'un divorce est une problématique de plus en plus fréquente. La valeur d'un portefeuille de SCPI peut facilement atteindre plusieurs dizaines, voire centaines de milliers d'euros.

Contrairement à un bien immobilier classique, les parts de SCPI sont des valeurs mobilières inscrites dans un registre tenu par la société de gestion. Elles n'ont pas de numéro de lot ou de référence cadastrale. Cette nature particulière les distingue nettement d'une SCI familiale (déjà traitée sur ce site) et impose des règles de partage spécifiques. Leur valorisation fluctue selon le marché immobilier sous-jacent, les conditions de crédit et la politique de distribution de la société de gestion.

Avant toute démarche, il est indispensable de recenser l'ensemble des parts détenues : SCPI en pleine propriété, en nue-propriété, en usufruit, sur des contrats d'assurance-vie (cas traité séparément) ou en direct. Chaque mode de détention obéit à des règles de partage distinctes, et l'oubli de certaines parts peut constituer un recel successoral ou une fraude entre époux.

Régime matrimonial : la règle n°1 qui détermine tout

Le partage des parts de SCPI dépend avant tout de votre régime matrimonial. C'est lui qui détermine si les parts sont communes ou propres à l'un des époux. Cette analyse préalable est non négociable et conditionne toute la stratégie de partage. Un avocat spécialisé en droit patrimonial de la famille sera indispensable pour analyser votre situation précise.

Régime de la communauté légale (réduite aux acquêts)

C'est le régime par défaut en France, applicable à environ 80 % des couples mariés sans contrat. Sous ce régime, les parts de SCPI acquises pendant le mariage avec des fonds communs sont des biens communs (article 1401 du Code civil). Elles doivent donc être partagées à parts égales lors du divorce, sauf accord contraire entre les époux.

En revanche, les parts acquises avant le mariage, ou financées avec des fonds propres (donation, héritage, remploi d'un bien propre), restent des biens propres et n'entrent pas dans la masse à partager. La preuve du caractère propre incombe à l'époux qui la revendique. Conserver les justificatifs bancaires de l'origine des fonds est donc crucial. Sans preuve, la présomption de communauté s'applique (article 1402 du Code civil).

Cas pratique : vous avez investi 50 000 € en SCPI en 2018 pendant votre mariage, avec un apport de 20 000 € provenant d'un héritage et 30 000 € de fonds communs. Les parts correspondant aux 30 000 € communs sont à partager ; les parts financées par l'héritage restent propres, à condition d'en apporter la preuve documentaire.

Séparation de biens et participation aux acquêts

Sous le régime de la séparation de biens, chaque époux reste propriétaire de ses investissements personnels. Les parts de SCPI achetées par l'un n'entrent pas dans le partage. Cependant, si les deux époux ont co-souscrit des parts en indivision, celles-ci devront être partagées. La quote-part de chacun est en principe proportionnelle aux apports respectifs, sauf clause contraire.

Le régime de la participation aux acquêts fonctionne comme une séparation de biens pendant le mariage, mais prévoit un partage de l'enrichissement de chaque époux à la dissolution. Les parts de SCPI acquises pendant le mariage entrent dans le calcul de la créance de participation, même si elles ne sont pas directement partagées en nature. La valorisation à la date de dissolution est déterminante.

Comment valoriser les parts de SCPI pour le partage ?

La valorisation des parts de SCPI est une étape technique qui peut générer des désaccords entre époux. Contrairement à une action cotée en Bourse dont le prix est instantané, la valeur d'une part de SCPI est déterminée périodiquement par la société de gestion. Il existe plusieurs notions de valeur qu'il faut distinguer.

Les différentes valeurs à connaître

  • Valeur nominale : valeur d'origine de la part à la création, peu pertinente pour le partage.
  • Prix de souscription : prix auquel vous avez acheté les parts, incluant les frais d'entrée (8 % à 12 % en moyenne).
  • Valeur de réalisation : valeur vénale des actifs immobiliers divisée par le nombre de parts, publiée annuellement. C'est la référence la plus fiable pour le partage.
  • Valeur de retrait : prix auquel vous pouvez revendre vos parts, inférieur au prix de souscription (décote de 8 % à 12 % environ).
  • Prix de marché secondaire : pour les SCPI à capital fixe, le prix peut être supérieur ou inférieur à la valeur de réalisation selon l'offre et la demande.

Pour le partage, la référence retenue est généralement la valeur de réalisation publiée au dernier bilan annuel, ou la valeur de retrait si l'un des époux souhaite céder ses parts immédiatement. Un expert-comptable ou un conseiller en gestion de patrimoine (CGP) peut être missionné pour établir une valorisation contradictoire en cas de désaccord.

Exemple chiffré : vous détenez 500 parts d'une SCPI dont la valeur de réalisation est de 1 000 €/part et la valeur de retrait de 920 €/part. La masse à partager oscille entre 460 000 € (valeur de retrait) et 500 000 € (valeur de réalisation). L'écart de 40 000 € peut être significatif dans les négociations.

La question des revenus locatifs perçus pendant le mariage

Les revenus générés par les SCPI (loyers distribués) pendant le mariage sont des fruits civils qui tombent en communauté, même si les parts elles-mêmes sont des biens propres (article 1401 du Code civil). Ces revenus, s'ils ont été capitalisés ou réinvestis, peuvent donner lieu à une récompense au profit de la communauté. Il est donc important de reconstituer l'historique des distributions perçues et de leur utilisation.

Les 4 options concrètes pour partager les parts de SCPI

Une fois la valorisation établie, vous disposez de quatre options pratiques pour procéder au partage. Le choix dépend de vos objectifs financiers, de la liquidité du marché secondaire de la SCPI concernée et de votre capacité à vous mettre d'accord avec votre ex-conjoint.

Option 1 : Attribution à l'un des époux avec soulte

L'un des époux conserve la totalité des parts et verse une soulte (compensation financière) à l'autre. C'est la solution la plus simple si l'un des conjoints souhaite conserver le placement et dispose de la liquidité nécessaire. La soulte est égale à la moitié de la valeur des parts communes. Elle peut être financée par un prêt bancaire ou compensée par d'autres actifs du patrimoine commun (liquidités, épargne, etc.).

Option 2 : Cession des parts sur le marché secondaire

Les deux époux s'accordent pour revendre les parts et se partager le produit de la cession. Pour les SCPI à capital variable, le rachat est assuré par la société de gestion, mais les délais peuvent varier de quelques semaines à plusieurs mois selon les conditions du marché. Pour les SCPI à capital fixe, la cession se fait sur le marché secondaire organisé par la société de gestion, avec un prix qui peut différer de la valeur de réalisation. Attention aux délais : en 2023-2024, certaines SCPI ont suspendu ou allongé les délais de retrait en raison des tensions sur le marché immobilier.

Option 3 : Partage en nature des parts

Les parts sont divisées en deux lots, chaque époux recevant un nombre de parts proportionnel à ses droits. Cette solution est simple à mettre en œuvre (modification du registre des porteurs de parts) et évite les frais de cession. Elle est particulièrement adaptée si les deux ex-conjoints souhaitent conserver le placement à long terme. La société de gestion doit être informée du changement de titularité par courrier recommandé avec pièces justificatives.

Option 4 : Maintien en indivision temporaire

Les époux peuvent convenir de maintenir les parts en indivision pendant une durée déterminée (maximum 5 ans, renouvelable par accord). Cette option peut être pertinente si le marché est défavorable à la cession ou si les deux parties souhaitent continuer à percevoir les revenus locatifs. Une convention d'indivision notariée est recommandée pour fixer les règles de gestion et de sortie. Chaque indivisaire peut toutefois demander le partage à tout moment (article 815 du Code civil), ce qui rend cette solution potentiellement instable.

À retenir : La solution optimale dépend de votre situation personnelle. En cas de désaccord, le juge aux affaires familiales peut ordonner la vente des parts aux enchères (licitation), ce qui est généralement défavorable aux deux parties. Mieux vaut négocier à l'amiable.

Fiscalité du partage : les coûts à anticiper

Le partage des parts de SCPI génère des coûts fiscaux et des frais qu'il est indispensable d'anticiper pour éviter les mauvaises surprises. Ces coûts varient selon le mode de partage choisi et le régime matrimonial.

Le droit de partage

Depuis le 1er janvier 2022, le droit de partage applicable lors d'un divorce est de 1,1 % de l'actif net partagé (contre 2,5 % auparavant). Ce droit s'applique à la masse des biens communs partagés, y compris les parts de SCPI. Il est collecté par le notaire lors de la liquidation du régime matrimonial. Pour un portefeuille de SCPI commun valorisé à 200 000 €, le droit de partage représente 2 200 €.

La plus-value immobilière en cas de cession

Si vous cédez vos parts de SCPI (revente sur le marché secondaire ou rachat par la société de gestion), la plus-value réalisée est imposable au régime des plus-values immobilières (et non des plus-values mobilières). Le taux global est de 36,2 % (19 % d'impôt sur le revenu + 17,2 % de prélèvements sociaux), avec un système d'abattement pour durée de détention : exonération totale d'IR après 22 ans et de prélèvements sociaux après 30 ans de détention.

Important : en cas de partage pur (sans soulte ou avec soulte inférieure à la valeur des parts), le partage n'est pas considéré comme une cession et n'est donc pas soumis à la plus-value. C'est un avantage fiscal significatif du partage en nature par rapport à la vente.

Les revenus fonciers pendant la procédure

Pendant toute la durée de la procédure de divorce, les revenus distribués par la SCPI restent imposables. Ils sont déclarés par chaque époux au prorata de ses droits dans les parts communes, ou en totalité par le titulaire des parts propres. Ces revenus sont soumis au barème progressif de l'IR dans la catégorie des revenus fonciers, avec possibilité d'imputer les charges de gestion. Le taux marginal peut atteindre 45 % + 17,2 % de prélèvements sociaux pour les contribuables les plus imposés.

Démarches pratiques : ce que vous devez faire étape par étape

Le partage des parts de SCPI nécessite de suivre un processus précis. Voici les étapes concrètes à respecter pour sécuriser l'opération et éviter les blocages administratifs.

  1. Étape 1 – Recensement complet (J à J+15) : Rassemblez tous les documents relatifs à vos SCPI : bulletins de souscription, relevés de compte titres, attestations de propriété, historique des distributions. Vérifiez si certaines parts sont logées dans un contrat d'assurance-vie (règles différentes) ou financées à crédit (le prêt doit également être partagé).
  2. Étape 2 – Demande de valorisation (J+15 à J+30) : Contactez chaque société de gestion pour obtenir la valeur de réalisation actuelle et les conditions de retrait ou de cession. Demandez également le relevé du nombre de parts et l'identité des porteurs inscrits au registre.
  3. Étape 3 – Accord sur la méthode de partage (J+30 à J+60) : Négociez avec votre ex-conjoint (assisté de vos avocats respectifs) le mode de partage retenu. Formalisez cet accord dans la convention de divorce (divorce par consentement mutuel) ou dans le procès-verbal de conciliation (divorce contentieux).
  4. Étape 4 – Acte de partage notarié (J+60 à J+90) : Le notaire rédige l'acte de partage, collecte le droit de partage (1,1 %) et notifie les sociétés de gestion concernées. Les honoraires notariaux s'ajoutent : comptez environ 1 000 à 2 500 € selon la complexité du dossier.
  5. Étape 5 – Mise à jour des registres (J+90 à J+120) : Les sociétés de gestion procèdent à la modification du registre des porteurs de parts. Vous recevrez une nouvelle attestation de propriété à votre nom. Vérifiez que les coordonnées bancaires pour le versement des revenus sont correctement mises à jour.
  6. Étape 6 – Déclarations fiscales : Informez votre centre des impôts du changement de situation et vérifiez l'imputation correcte des revenus fonciers sur votre déclaration de revenus de l'année du divorce.
En résumé : De la décision de divorcer à la mise à jour effective des registres, comptez 3 à 6 mois pour un partage amiable bien organisé. En cas de contentieux, ce délai peut s'étendre à 18-24 mois.

Cas particuliers : SCPI à crédit, démembrement et SCPI étrangères

Certaines configurations méritent une attention particulière car elles complexifient le partage et peuvent générer des coûts supplémentaires ou des blocages inattendus.

SCPI financées à crédit

De nombreux investisseurs achètent des parts de SCPI à crédit pour profiter de l'effet de levier. Si le prêt a été contracté pendant le mariage, il constitue une dette commune qui doit être prise en compte dans le partage. La valeur nette des parts à partager est donc égale à la valeur des parts moins le capital restant dû du prêt. Exemple : 300 parts valorisées 150 000 € avec un crédit restant de 80 000 € → actif net à partager de 70 000 €. La banque doit être informée du divorce et peut exiger le remboursement anticipé ou la substitution d'emprunteur.

Parts en démembrement (nue-propriété / usufruit)

Certains investisseurs achètent des parts de SCPI en nue-propriété (sans percevoir les revenus pendant une période déterminée, généralement 5 à 10 ans) pour bénéficier d'une décote à l'achat (15 % à 30 % selon la durée). Lors du divorce, nue-propriété et usufruit doivent être valorisés séparément selon les tables de démembrement fiscales (article 669 du CGI). Si les deux époux détiennent conjointement la nue-propriété, le partage suit les mêmes règles que pour les parts en pleine propriété.

SCPI européennes et étrangères

Le marché des SCPI s'est fortement internationalisé : de nombreuses SCPI investissent désormais en Allemagne, aux Pays-Bas, en Espagne ou en Italie. Le partage des parts reste soumis au droit français (lieu du domicile conjugal), mais la fiscalité des revenus peut être affectée par les conventions fiscales bilatérales. Les revenus de source étrangère sont généralement exonérés d'IR en France mais soumis aux prélèvements sociaux, ou imposés avec un crédit d'impôt. Consultez un expert-comptable pour optimiser votre situation post-divorce.

FAQ : vos questions sur SCPI et divorce

Questions fréquentes

Non, sous le régime de la communauté légale, les parts de SCPI acquises avant le mariage avec des fonds personnels sont des biens propres et n'entrent pas dans la masse à partager (article 1401 du Code civil). Vous devez cependant être en mesure de prouver leur origine : conservez les bulletins de souscription et les relevés bancaires démontrant que le financement provient de fonds antérieurs au mariage. Sans preuve, la présomption de communauté s'applique et les parts seront considérées comme communes.
Le coût principal est le droit de partage de 1,1 % de l'actif net partagé, auquel s'ajoutent les honoraires du notaire (1 000 à 2 500 € selon la complexité) et éventuellement les frais d'avocat. Si vous optez pour la cession des parts sur le marché secondaire, des frais de transaction peuvent s'appliquer (0,5 % à 1 % selon la société de gestion). En cas de plus-value à la revente, la fiscalité immobilière s'applique au taux global de 36,2 %, avec abattements pour durée de détention. Le partage en nature (sans cession) évite la taxation sur la plus-value.
Dans le cadre d'un divorce par consentement mutuel (sans juge), la convention de divorce rédigée par les avocats des deux parties peut inclure le partage des parts de SCPI. Cependant, si le patrimoine commun comprend des biens immobiliers (dont les parts de SCPI peuvent être assimilées à des droits réels immobiliers selon leur nature), le recours au notaire pour l'acte de partage est obligatoire. Dans tous les cas, la société de gestion devra recevoir un document officiel attestant du transfert de propriété pour mettre à jour son registre.
C'est un risque réel : en 2023-2024, plusieurs SCPI ont suspendu ou fortement ralenti les rachats en raison des tensions sur le marché immobilier. Si vous souhaitez céder vos parts et que les rachats sont suspendus, vous pouvez tenter de les céder sur le marché secondaire (pour les SCPI à capital fixe) ou attendre la reprise des rachats. En attendant, le partage peut être acté dans la convention de divorce avec une valorisation convenue, chaque époux conservant temporairement ses parts en indivision jusqu'à la possibilité de cession effective. Consultez un avocat pour formaliser cette situation.
Les revenus distribués par la SCPI pendant la procédure de divorce (loyers trimestriels) restent imposables au titre des revenus fonciers. Pour les parts communes, ils sont en principe partagés entre les deux époux au prorata de leurs droits et doivent être déclarés par chacun. La séparation de fait ne modifie pas immédiatement le régime fiscal : c'est la date de dissolution du régime matrimonial (prononcé du divorce ou signature de la convention) qui marque le changement. Un expert-comptable peut vous aider à optimiser la déclaration de ces revenus pour l'année du divorce.
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