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Divorce et SCPI : comment partager vos parts

Divorce et SCPI : comment partager vos parts

SCPI et divorce : de quoi parle-t-on exactement ?

Une SCPI (Société Civile de Placement Immobilier) est un véhicule d'investissement collectif qui permet à des particuliers de détenir indirectement un patrimoine immobilier diversifié — bureaux, commerces, entrepôts, résidences — géré par une société de gestion agréée par l'AMF. En 2024, le marché français des SCPI représentait plus de 90 milliards d'euros de capitalisation, avec environ 800 000 porteurs de parts. Ce placement est donc loin d'être marginal dans les patrimoines des couples qui divorcent.

Contrairement à un bien immobilier classique, une part de SCPI n'est pas un actif tangible : c'est un titre de propriété sur une quote-part d'un parc immobilier. Sa valeur fluctue selon la valorisation du patrimoine sous-jacent et les décisions de la société de gestion. Le prix de souscription d'une part oscille généralement entre 150 € et 1 200 € selon les SCPI, et les rendements annuels bruts se situent en moyenne entre 4 % et 6 % (taux de distribution 2023 : 4,52 % selon l'ASPIM).

En cas de divorce, les parts de SCPI entrent dans la masse à partager au même titre que n'importe quel autre actif patrimonial. Cependant, leur nature particulière — liquidité limitée, délais de revente, fiscalité spécifique — impose une approche méthodique et différente d'un simple compte-titres. Il faut d'abord identifier les parts concernées, les valoriser correctement, puis choisir le mode de partage adapté à la situation.

Avant toute démarche, il est indispensable de distinguer les SCPI à capital fixe (parts négociées sur un marché secondaire organisé, délais de revente pouvant aller de quelques semaines à plusieurs mois) des SCPI à capital variable (rachat à prix fixé par la société de gestion, délai théoriquement plus court mais pouvant être suspendu). Cette distinction impacte directement la stratégie de partage lors du divorce.

Identifier et valoriser les parts de SCPI dans le patrimoine commun

La première étape concrète du partage est l'inventaire exhaustif des parts détenues. Pour chaque SCPI, il faut collecter : le nom de la société, le nombre de parts, la valeur de retrait ou de réalisation à la date de référence, et surtout la date d'acquisition pour déterminer si les parts entrent dans la communauté. Cet inventaire se fait à partir des relevés annuels envoyés par les sociétés de gestion, accessibles également via l'espace client en ligne.

La valorisation des parts est un point critique. Deux valeurs coexistent : la valeur de souscription (prix d'achat initial, majoré des frais d'entrée qui représentent en moyenne 8 à 12 % du prix de part) et la valeur de retrait (prix auquel la société rachète les parts, généralement inférieur de 10 à 12 % à la valeur de souscription). Pour le partage, c'est la valeur vénale réelle — soit la valeur de retrait ou le prix du marché secondaire — qui doit être retenue, pas le prix d'achat historique.

Exemple chiffré de valorisation

  • Parts achetées en 2018 : 200 parts à 1 000 € = 200 000 € (+ 9 % de frais d'entrée = 218 000 € investis au total)
  • Valeur de retrait en 2024 : 980 € par part = 196 000 € de valeur nette à partager
  • Revenus locatifs perçus depuis 2018 : environ 4 500 €/an × 6 ans = 27 000 € (déjà intégrés aux revenus du foyer fiscal)
  • Plus-value ou moins-value latente : -4 000 € à prendre en compte dans la négociation

Attention : si les parts ont été acquises en nue-propriété (démembrement de propriété), la valorisation est différente. La nue-propriété représente environ 60 à 70 % de la valeur en pleine propriété selon la durée du démembrement. Ce montage, souvent utilisé pour optimiser la fiscalité, complique le partage et nécessite l'intervention d'un notaire ou d'un expert.

Il est recommandé de demander à chaque société de gestion un bulletin de situation patrimoniale à la date de séparation ou à la date de l'état liquidatif. Ce document officiel fait foi pour la valorisation et sera utilisé dans la convention de divorce ou l'acte de partage notarié.

Régime matrimonial : l'élément déterminant du partage

Le régime matrimonial est la clé de voûte du partage des SCPI. Il détermine quelles parts appartiennent à la communauté (et doivent donc être partagées) et lesquelles relèvent du patrimoine propre de chaque époux (et restent à leur propriétaire).

Communauté légale réduite aux acquêts (régime par défaut)

Sous ce régime, qui concerne environ 80 % des couples mariés en France, toutes les parts de SCPI acquises pendant le mariage avec des fonds communs sont des biens communs. Elles doivent être partagées par moitié lors du divorce. En revanche, les parts achetées avant le mariage, ou financées avec des fonds propres (héritage, donation), restent des biens propres — à condition de pouvoir le prouver par une déclaration d'emploi ou de remploi (article 1434 du Code civil).

Séparation de biens

Sous ce régime, chaque époux conserve ses parts de SCPI acquises à son nom. Il n'y a pas de partage à proprement parler. Cependant, si des parts ont été achetées en indivision (les deux noms sur le registre des porteurs), elles devront faire l'objet d'un partage ou d'un rachat de la quote-part de l'un par l'autre.

Communauté universelle

Toutes les parts, quelle que soit leur date d'acquisition ou leur origine, tombent dans la masse commune à partager. Ce régime, moins courant, simplifie l'inventaire mais augmente la masse à répartir.

Participation aux acquêts

À la dissolution du mariage, on calcule l'enrichissement de chaque époux pendant le mariage. Les parts de SCPI acquises pendant le mariage entrent dans le calcul de la créance de participation. Ce régime, hybride, nécessite une expertise comptable pour valoriser correctement les acquêts de chaque côté.

Dans tous les cas, il est fortement conseillé de consulter un notaire ou un avocat spécialisé pour déterminer avec précision quelles parts entrent dans la masse à partager. Une erreur de qualification peut coûter très cher.

Les 3 options concrètes pour partager les parts de SCPI

Une fois les parts identifiées et valorisées, trois solutions s'offrent aux époux. Le choix dépend de leur situation financière, de leur accord mutuel et de la liquidité disponible.

Option 1 : Rachat des parts par un époux (soulte)

L'un des époux rachète la quote-part de l'autre. Si les parts valent 196 000 € au total en communauté, chaque époux a droit à 98 000 €. L'époux qui conserve les parts verse une soulte de 98 000 € à l'autre. Cette option est intéressante si l'un des conjoints veut conserver l'investissement et dispose des liquidités nécessaires. Attention : la soulte est soumise aux droits de partage à 2,5 % sur la valeur nette partagée (article 746 du CGI), soit 2 450 € dans notre exemple.

Option 2 : Cession des parts sur le marché secondaire et partage du produit

Les époux décident de vendre toutes les parts et de se partager le produit net de cession. C'est la solution la plus « propre » mais aussi la plus longue. Pour une SCPI à capital fixe, le délai de vente sur le marché secondaire peut aller de 1 à 6 mois, voire plus en cas de marché peu liquide. Pour une SCPI à capital variable, le délai de retrait est théoriquement de quelques semaines, mais peut être suspendu en cas de demandes massives de retrait (comme observé en 2023-2024 sur certaines SCPI). Il faut également tenir compte des frais de cession (environ 5 à 10 % selon les SCPI) qui réduisent le produit net.

Option 3 : Attribution en nature avec compensation

Chaque époux reçoit une partie des parts en nature. Par exemple, si le couple détient 200 parts, chacun en reçoit 100. Cette solution évite les frais de cession mais implique que les deux ex-conjoints restent porteurs de parts de la même SCPI — ce qui peut être source de complications administratives et fiscales. Certaines sociétés de gestion exigent un minimum de parts pour ouvrir un compte séparé (souvent 5 à 10 parts minimum).

À retenir : Dans la majorité des divorces amiables, l'option 1 (soulte) ou l'option 2 (vente) est préférée car elle permet une rupture nette. L'option 3 est à réserver aux cas où les deux parties souhaitent maintenir l'investissement et ont une relation suffisamment apaisée.

Fiscalité du partage des SCPI : les points d'attention

Le partage des parts de SCPI lors d'un divorce génère plusieurs conséquences fiscales qu'il faut anticiper pour éviter les mauvaises surprises. La fiscalité est souvent le parent pauvre des négociations de divorce, mais elle peut représenter des milliers d'euros d'impact.

Droits de partage

Depuis le 1er janvier 2012, les droits de partage s'élèvent à 2,5 % sur l'actif net partagé (article 746 du CGI). Ils s'appliquent que le partage soit amiable ou judiciaire, et concernent tous les actifs partagés, y compris les parts de SCPI. Sur une masse partagée de 100 000 € de parts SCPI, comptez donc 2 500 € de droits de partage, collectés par le notaire.

Plus-value immobilière

La cession de parts de SCPI est fiscalement assimilée à une cession de parts de sociétés à prépondérance immobilière. Elle est soumise au régime des plus-values immobilières des particuliers (article 150 UB du CGI). Le taux d'imposition est de 19 % d'impôt sur le revenu + 17,2 % de prélèvements sociaux = 36,2 % au total, avec un abattement pour durée de détention à partir de la 6e année (abattement total après 22 ans pour l'IR, 30 ans pour les PS). Exception importante : le partage entre époux dans le cadre du divorce est en principe exonéré de plus-value (article 150 U II du CGI), à condition que le transfert soit effectué dans le cadre de la liquidation du régime matrimonial. En revanche, si l'un des époux revend ensuite ses parts à un tiers, la plus-value sera calculée depuis la date d'acquisition initiale.

Revenus fonciers pendant la procédure

Les dividendes versés par les SCPI (loyers redistribués) sont imposés comme des revenus fonciers, au barème progressif de l'IR + 17,2 % de prélèvements sociaux. Pendant la procédure de divorce, ces revenus continuent d'être perçus par les porteurs de parts. Il faut donc clarifier dans la convention de divorce qui perçoit ces revenus entre la date de séparation et la date effective du partage, pour éviter tout litige fiscal ultérieur.

IFI (Impôt sur la Fortune Immobilière)

Les parts de SCPI entrent dans l'assiette de l'IFI si leur valeur totale, combinée aux autres actifs immobiliers, dépasse le seuil de 1,3 million d'euros. Après le divorce, chaque ex-époux est imposé séparément, ce qui peut modifier significativement l'exposition à l'IFI. Un couple dont le patrimoine immobilier total (SCPI + résidence principale + locatif) atteignait 2 millions d'euros pourrait, après partage, se retrouver chacun sous le seuil d'imposition.

Démarches pratiques : étapes et délais à respecter

Le partage des parts de SCPI ne s'improvise pas. Voici le processus étape par étape, avec des délais réalistes pour chaque phase.

  1. Étape 1 — Inventaire (1 à 2 semaines) : Rassemblez tous les relevés de parts, bulletins de situation, tableaux d'amortissement et relevés de revenus fonciers. Contactez chaque société de gestion pour obtenir un état des parts à la date de référence choisie (souvent la date de l'ordonnance de non-conciliation ou la date de la convention de divorce).
  2. Étape 2 — Valorisation (1 à 3 semaines) : Demandez à chaque société de gestion la valeur de retrait officielle. Pour les SCPI cotées sur marché secondaire, relevez le dernier prix de transaction. En cas de désaccord entre époux sur la valorisation, un expert-comptable ou un notaire peut être mandaté pour établir une valeur contradictoire.
  3. Étape 3 — Choix de la modalité de partage (négociation) : Avec vos avocats respectifs, définissez si vous optez pour la soulte, la vente ou l'attribution en nature. Cette étape peut prendre de quelques jours à plusieurs semaines selon la complexité du patrimoine et la qualité du dialogue entre les parties.
  4. Étape 4 — Formalisation dans la convention de divorce (divorce amiable) : Dans le cadre d'un divorce par consentement mutuel (article 229-1 du Code civil), la convention rédigée par les avocats doit mentionner précisément les parts concernées, leur valorisation retenue et les modalités de transfert. La convention est déposée chez le notaire, qui collecte les droits de partage.
  5. Étape 5 — Transfert effectif des parts (2 à 8 semaines) : Une fois la convention signée ou le jugement prononcé, il faut notifier la société de gestion pour procéder au transfert des parts ou au rachat. Chaque société a ses propres formulaires et délais de traitement. Comptez en moyenne 4 à 6 semaines pour un transfert standard.
  6. Étape 6 — Clôture et suivi fiscal : Conservez tous les documents (acte de partage, attestation de transfert de parts) pour vos déclarations fiscales futures, notamment pour calculer la plus-value lors d'une revente ultérieure.

Pour un divorce amiable avec un patrimoine SCPI de complexité moyenne, le processus complet — de l'inventaire au transfert effectif — prend en général 3 à 5 mois. Un divorce contentieux avec expertise judiciaire peut s'étendre sur 12 à 24 mois.

En résumé : Anticipez les démarches administratives auprès des sociétés de gestion dès le début de la procédure. Les délais de traitement sont souvent sous-estimés et peuvent bloquer la finalisation du divorce si les transferts de parts ne sont pas réalisés à temps.

Cas particuliers : SCPI en démembrement, SCI, SCPI étrangères

Certaines configurations patrimoniales complexifient significativement le partage des SCPI lors du divorce. Il est important de les identifier tôt pour adapter la stratégie.

SCPI détenues en démembrement de propriété

Le démembrement temporaire est un montage fréquent : l'un des époux détient la nue-propriété des parts, un tiers (souvent une institution) détient l'usufruit pour une durée déterminée (5, 10 ou 15 ans). Pendant la période de démembrement, aucun revenu n'est versé au nu-propriétaire. La valeur de la nue-propriété représente environ 55 à 70 % de la valeur en pleine propriété selon la durée restante. Ce type de parts est difficile à céder avant la réunion de l'usufruit et de la nue-propriété. En cas de divorce, le nu-propriétaire conserve ses parts jusqu'à la fin du démembrement, et leur valeur doit être intégrée dans la masse à partager avec une décote appropriée.

SCPI détenues via une SCI

Si les parts de SCPI sont logées dans une SCI familiale détenue par les époux, le partage se fait d'abord au niveau de la SCI (partage des parts sociales de la SCI), puis indirectement au niveau des SCPI. Cette double couche de structure juridique implique deux niveaux de valorisation et potentiellement deux niveaux de droits de partage. L'intervention d'un notaire est ici indispensable.

SCPI européennes et étrangères

Depuis 2015, de nombreuses SCPI investissent en dehors de France (Allemagne, Pays-Bas, Espagne, etc.). Ces SCPI européennes peuvent avoir des règles de rachat différentes et une fiscalité spécifique sur les revenus étrangers (conventions fiscales bilatérales). La valorisation peut nécessiter la conversion de devises si la SCPI investit hors zone euro. Le partage suit les mêmes règles de droit français, mais la complexité fiscale est accrue.

SCPI souscrites via un contrat d'assurance-vie

Attention : les parts de SCPI logées dans un contrat d'assurance-vie en unités de compte ne sont pas des parts de SCPI « directes ». Elles sont détenues par l'assureur, et c'est le contrat d'assurance-vie qui constitue l'actif à partager. Les règles applicables sont alors celles de l'assurance-vie (voir notre article dédié), et non celles des SCPI. Ne confondez pas les deux situations lors de l'inventaire patrimonial.

FAQ : Divorce et SCPI, vos questions fréquentes

Questions fréquentes

Non, sous le régime de la communauté légale, les parts de SCPI acquises avant le mariage sont des biens propres et ne font pas partie de la masse à partager. Cependant, si ces parts ont été financées en partie avec des fonds communs (remboursement d'emprunt avec des revenus du couple, par exemple), une récompense peut être due à la communauté. Il est essentiel de conserver les preuves d'acquisition (date, mode de financement) pour éviter tout litige.
Le coût principal est le droit de partage de 2,5 % sur la valeur nette des actifs partagés (article 746 du CGI), collecté par le notaire. Pour 100 000 € de parts SCPI à partager, comptez 2 500 € de droits de partage. À cela s'ajoutent les honoraires du notaire (environ 1 à 2 % de la masse partagée), les frais d'avocats pour la rédaction de la convention, et éventuellement les frais de cession si les parts sont vendues sur le marché secondaire (5 à 10 % selon la SCPI). Au total, le coût peut représenter 5 à 15 % de la valeur des parts partagées.
Oui, le transfert de parts en nature est possible dans le cadre du partage. L'un des époux cède ses droits sur les parts à l'autre, qui devient seul porteur. Ce transfert doit être notifié à la société de gestion via un formulaire de cession ou de transfert, accompagné de l'acte de partage ou de la convention de divorce. Certaines SCPI imposent un nombre minimum de parts pour ouvrir un compte séparé. Le transfert en nature dans le cadre d'un divorce est en principe exonéré de plus-value immobilière au moment du partage.
Plusieurs SCPI ont suspendu ou limité les rachats en 2023-2024 en raison d'une forte demande de retrait. Si cela survient pendant votre procédure de divorce, vous ne pouvez pas forcer la vente des parts. Dans ce cas, deux solutions : soit vous intégrez les parts à leur valeur de retrait dans la convention de divorce et convenez d'un délai pour la cession effective, soit l'un des époux conserve les parts et verse une soulte à l'autre basée sur la valorisation retenue. Il est important de prévoir cette éventualité dans la convention pour éviter un blocage de la procédure.
Sous le régime de la communauté légale, les revenus générés par des biens communs (y compris les dividendes de SCPI communes) sont des fruits communs qui entrent dans la masse à partager jusqu'à la date de dissolution de la communauté. Cette date est en principe celle de l'ordonnance de non-conciliation (divorce judiciaire) ou celle de la signature de la convention de divorce (divorce amiable). Il est conseillé de préciser dans la convention comment sont traités les revenus perçus entre la séparation de fait et la dissolution officielle de la communauté.
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