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Crédit immobilier et divorce amiable : que faire en 2026 ?

Crédit immobilier et divorce amiable : que faire en 2026 ?

  • 55 % des couples qui divorcent remboursent encore un crédit immobilier commun au moment de la séparation (Banque de France, 2025).
  • Trois issues possibles : vente du bien, rachat de soulte avec désolidarisation, ou indivision temporaire — chacune avec un calendrier et un budget distincts.
  • La convention de divorce doit obligatoirement traiter le sort du crédit immobilier avant signature (article 229-3 du Code civil).
  • La banque peut refuser la désolidarisation : environ 30 % des demandes sont rejetées en première instance selon les courtiers.

Pourquoi le crédit immobilier complique le divorce amiable

Un divorce par consentement mutuel repose sur un accord total entre les époux. Dès qu'un prêt immobilier commun est en cours, cet accord doit couvrir trois points : le sort du bien, le sort du crédit, et la désolidarisation éventuelle. Aucun de ces points ne se règle automatiquement.

Tant que la banque n'a pas signé un avenant de désolidarisation, les deux époux restent solidairement responsables du remboursement. Concrètement : si l'un cesse de payer après le divorce, la banque peut poursuivre l'autre. Le jugement de divorce ne change rien à cette obligation envers l'établissement prêteur.

Autre contrainte : l'article 229-3 du Code civil impose que la convention de divorce règle l'intégralité des conséquences patrimoniales. Un bien immobilier non traité — ou traité de façon vague — bloque le dépôt de la convention chez le notaire dépositaire. La procédure s'arrête.

Bonne nouvelle : ces obstacles sont surmontables. Encore faut-il les identifier tôt et les traiter dans le bon ordre.

Étape 1 : évaluer le bien et calculer la valeur nette partageable

Avant de choisir une solution, il faut connaître deux chiffres précis : la valeur vénale du bien et le capital restant dû sur le prêt. La différence entre les deux est la valeur nette partageable.

Exemple chiffré : appartement estimé à 320 000 €, capital restant dû 180 000 €. Valeur nette = 140 000 €. Si les deux époux détiennent des parts égales, chacun a droit à 70 000 €.

Pour estimer le bien, trois options :

  • Estimation par un agent immobilier : gratuite, rapide (1 à 2 semaines), mais non opposable à la banque.
  • Expertise par un notaire : payante (300 à 800 €), reconnue par tous les acteurs.
  • Expertise par un expert immobilier agréé : 500 à 1 500 €, utile en cas de désaccord entre époux sur la valeur.

Le capital restant dû figure sur le tableau d'amortissement du prêt ou sur demande écrite à la banque. Ce document est indispensable pour la suite.

Question : faut-il faire évaluer le bien avant ou après avoir contacté la banque ?

Avant. L'évaluation du bien conditionne le calcul de la soulte et la demande de désolidarisation. La banque exigera elle-même une estimation lors de l'étude du dossier. Anticiper ce document accélère la procédure de 2 à 4 semaines.

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Étape 2 : choisir parmi les trois solutions disponibles

Une fois la valeur nette connue, les époux choisissent leur option. Ce choix doit figurer explicitement dans la convention de divorce.

Solution A — Vendre le bien et partager le solde

Le bien est mis en vente. Le produit rembourse le capital restant dû. Le solde est réparti entre les deux époux selon leurs droits respectifs.

Budget à prévoir :

  • Commission d'agence : 3 à 6 % du prix de vente (négociable).
  • Indemnités de remboursement anticipé (IRA) : plafonnées à 3 % du capital restant dû ou 6 mois d'intérêts (article R. 313-25 du Code de la consommation). Sur un capital de 180 000 €, cela peut représenter jusqu'à 5 400 €.
  • Frais de notaire pour l'acte de vente : environ 7 à 8 % du prix pour l'acheteur, mais vendeurs supportent parfois des frais annexes.

Calendrier réaliste : 3 à 6 mois entre la mise en vente et la signature chez le notaire. La convention de divorce peut être signée avant la vente, à condition de prévoir une clause précisant que le produit de la vente servira à solder le crédit.

Quand choisir cette option : ni l'un ni l'autre ne veut conserver le bien, ou aucun des deux n'a la capacité financière de racheter la part de l'autre.

Solution B — Rachat de soulte avec désolidarisation

L'un des époux rachète la part de l'autre. Il devient seul propriétaire et seul emprunteur. L'autre perçoit la soulte et est libéré du crédit.

Calcul de la soulte : (valeur du bien − capital restant dû) × quote-part du conjoint qui cède.

Avec l'exemple précédent : (320 000 − 180 000) × 50 % = 70 000 €.

Coûts spécifiques à cette solution :

  • Droits de partage : 1,1 % de l'actif net partagé (article 746 du Code général des impôts), soit 1 540 € sur 140 000 € nets.
  • Émoluments du notaire pour l'acte de partage : environ 2 000 à 3 500 € pour un bien à 320 000 €.
  • Avenant bancaire de désolidarisation : 200 à 500 € selon l'établissement.
  • Éventuels frais de dossier bancaire pour le nouveau profil emprunteur : 500 à 1 000 €.

Condition sine qua non : la banque doit accepter la désolidarisation. Elle évalue seule la solvabilité du conjoint restant. En cas de refus, cette solution est bloquée.

Solution C — Maintien temporaire de l'indivision

Les deux ex-époux restent co-propriétaires et co-emprunteurs après le divorce. Aucune démarche bancaire immédiate n'est requise.

Quand c'est pertinent : marché immobilier défavorable, enfants scolarisés dont on veut préserver la stabilité, délai nécessaire pour constituer le dossier de rachat.

Risques à ne pas sous-estimer :

  • Lien financier maintenu entre deux personnes séparées.
  • Tout désaccord sur la vente ultérieure peut nécessiter une procédure judiciaire (action en partage, article 815 du Code civil).
  • Durée maximale à fixer dans la convention : généralement 12 à 36 mois.

La convention doit impérativement préciser : qui paie les mensualités, qui occupe le logement, et à quelle échéance la situation sera régularisée.

CritèreVente du bienRachat de soulteIndivision temporaire
Délai moyen3 à 6 mois3 à 6 mois6 à 36 mois
Coût immédiatÉlevé (agence + IRA)Moyen (droits + notaire + avenant)Faible à court terme
Accord bancaire requisNonOui (désolidarisation)Non
Rupture financière netteOuiOuiNon
Risque de blocage ultérieurFaibleMoyen (refus bancaire)Élevé

Étape 3 : constituer le dossier de désolidarisation et le soumettre à la banque

Si vous optez pour le rachat de soulte, la désolidarisation est l'étape centrale. Voici la procédure concrète, semaine par semaine.

  1. Semaine 1-2 : informer la banque par courrier recommandé de votre projet de divorce et de rachat de soulte. Ne pas attendre la signature de la convention.
  2. Semaine 2-4 : constituer le dossier emprunteur du conjoint restant : 3 derniers bulletins de salaire, 2 derniers avis d'imposition, relevés de compte sur 3 mois, estimation du bien, tableau d'amortissement du prêt.
  3. Semaine 4-6 : déposer la demande formelle de désolidarisation avec le dossier complet.
  4. Semaine 6-14 : délai d'instruction bancaire. Prévoir 4 à 12 semaines selon l'établissement.
  5. Semaine 14-16 : signature de l'avenant de désolidarisation, en présence du notaire si un transfert de propriété est simultané.

Important : ne signez pas la convention de divorce avant d'avoir au minimum un accord de principe écrit de la banque. Un refus post-signature oblige à modifier la convention, ce qui rallonge la procédure de plusieurs semaines.

Question : que faire si la banque refuse la désolidarisation ?

Trois alternatives existent. Première option : racheter le prêt auprès d'un autre établissement (rachat de crédit) — la loi Lemoine de 2022 facilite cette démarche. Deuxième option : présenter un co-emprunteur ou une caution supplémentaire pour rassurer la banque. Troisième option : basculer vers la vente du bien. Consultez un courtier en crédit immobilier pour évaluer la faisabilité d'un refinancement avant de vous décourager.

Étape 4 : intégrer le crédit immobilier dans la convention de divorce

La convention de divorce par consentement mutuel est rédigée par les deux avocats (un par époux). Les clauses relatives au crédit immobilier doivent être précises et exhaustives.

Checklist des clauses indispensables :

  • Identification du bien : adresse complète, références cadastrales, nature du bien.
  • Montant du capital restant dû à la date de signature de la convention.
  • Option retenue (vente / rachat de soulte / indivision) clairement énoncée.
  • En cas de rachat : montant exact de la soulte, délai de paiement, modalités (virement, financement bancaire).
  • En cas d'indivision : durée maximale, répartition des mensualités, conditions de sortie.
  • Engagement des deux époux à maintenir les paiements jusqu'à finalisation.
  • Référence à l'état liquidatif notarié joint à la convention (obligatoire dès qu'un bien immobilier est concerné, article 229-3 du Code civil).

L'état liquidatif est rédigé par le notaire. Il formalise le partage du patrimoine commun, calcule la valeur nette de chaque bien, et détermine les droits de chaque époux. Sans ce document, la convention ne peut pas être déposée chez le notaire dépositaire.

Question : qui paie les mensualités du crédit pendant la procédure de divorce ?

Les deux époux restent solidairement responsables jusqu'à la désolidarisation effective. En pratique, c'est généralement l'époux qui occupe le logement qui règle les mensualités. La convention peut prévoir une compensation dans le calcul de la soulte : si l'un a payé seul pendant 6 mois, ces versements peuvent être déduits du montant qu'il doit à l'autre.

Assurance emprunteur : le point souvent oublié

La désolidarisation du crédit ne suffit pas. L'assurance emprunteur doit être adaptée en parallèle.

Si la désolidarisation est accordée, le conjoint qui quitte le prêt doit être retiré du contrat d'assurance. Le conjoint restant doit vérifier que sa couverture individuelle est suffisante : décès, invalidité permanente, incapacité temporaire de travail.

Depuis la loi Lemoine (2022), il est possible de changer d'assurance emprunteur à tout moment, sans frais. C'est une opportunité concrète lors d'un divorce : le conjoint qui reprend seul le crédit peut renégocier son assurance et économiser 30 à 50 % sur les cotisations selon son âge et son état de santé.

Si l'indivision est maintenue temporairement, les deux co-emprunteurs doivent rester couverts. Toute modification du contrat d'assurance doit être notifiée par écrit à la banque.

Récapitulatif : les 5 erreurs qui font déraper la procédure

Ces erreurs reviennent régulièrement. Les éviter permet de tenir le calendrier prévu.

  1. Arrêter de payer les mensualités pendant la procédure : pénalités de retard, dégradation du dossier de crédit des deux époux, risque de contentieux avec la banque.
  2. Signer la convention avant l'accord bancaire : si la désolidarisation est ensuite refusée, la convention doit être modifiée et re-signée par les deux avocats.
  3. Oublier de calculer les IRA : sur un capital de 200 000 €, les indemnités de remboursement anticipé peuvent atteindre 6 000 €. Ce montant doit être intégré dans le calcul de rentabilité de la vente.
  4. Sous-évaluer le bien pour simplifier le calcul de soulte : cela lèse l'un des époux et peut être contesté ultérieurement.
  5. Négliger l'assurance emprunteur : un sinistre survenant pendant la période de transition (décès, invalidité) peut créer des complications majeures si le contrat n'a pas été mis à jour.

Pour estimer le coût global de votre divorce amiable incluant un bien immobilier — honoraires d'avocats, frais de notaire, droits de partage — utilisez le formulaire de devis gratuit de Divorce Simplifié. Et consultez impérativement un avocat spécialisé en droit de la famille pour sécuriser la rédaction des clauses relatives à votre crédit immobilier.

Questions fréquentes

Non. La banque évalue librement la solvabilité du conjoint restant et peut refuser si le dossier présente un risque trop élevé. Environ 30 % des demandes sont rejetées en première instance selon les courtiers en crédit immobilier. En cas de refus, trois alternatives existent : racheter le prêt auprès d'un autre établissement, apporter un co-emprunteur ou une caution, ou vendre le bien pour solder le crédit.
C'est techniquement possible mais fortement déconseillé. Si la banque refuse ensuite la désolidarisation, la convention doit être modifiée et re-signée par les deux avocats, ce qui rallonge la procédure de plusieurs semaines. Il est préférable d'obtenir un accord de principe écrit de la banque avant la signature définitive de la convention.
Les droits de partage sont fixés à 1,1 % de l'actif net partagé depuis 2022 (article 746 du Code général des impôts). Sur une valeur nette de 140 000 €, cela représente 1 540 €. À ces droits s'ajoutent les émoluments du notaire pour l'acte de partage (2 000 à 3 500 € pour un bien autour de 300 000 €) et les frais d'avenant bancaire (200 à 500 €).
Oui. Le divorce par consentement mutuel exige un accord total sur toutes les conséquences patrimoniales, y compris le crédit immobilier (article 229-3 du Code civil). Sans accord sur ce point, la procédure amiable est impossible. Il faut alors envisager un divorce contentieux, dont la durée moyenne est de 12 à 24 mois et le coût de 6 000 à 15 000 €, contre 1 500 à 3 500 € pour un divorce amiable.
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